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Music Licensing

Redevance musicale pour les navires de croisière en Europe : GEMA, SACEM, SUISA, PPL-PRS

Mis à jour:11 août 20268 min read
Redevance musicale pour les navires de croisière en Europe : GEMA, SACEM, SUISA, PPL-PRS
Cadre juridique, obligations envers les sociétés de gestion collective et opérations transfrontalières

Introduction

Diffuser de la musique à bord d’un navire de croisière, que ce soit dans les restaurants, les lounges, sur les ponts piscine, dans les spas, les cabines, les boutiques ou les théâtres, constitue juridiquement une diffusion publique.

Partout en Europe (notamment en Allemagne, en France, en Suisse, au Royaume-Uni, dans le Benelux, dans les pays nordiques et dans les États méditerranéens), la diffusion publique de musique protégée par le droit d’auteur nécessite une licence délivrée par les sociétés nationales de gestion collective (PRO) telles que GEMA, SACEM, SUISA, PRS for Music, PPL PRS, BUMA/STEMRA, entre autres.

Cet article explique comment les sociétés de gestion collective européennes encadrent l’utilisation de la musique à bord des navires de croisière, comment les redevances sont calculées, quels droits doivent être acquittés et, point essentiel, comment fonctionne la licence lorsque les navires traversent plusieurs pays au cours d’une croisière.

1. Pourquoi les navires de croisière doivent payer des redevances musicales en Europe

Le droit d’auteur européen considère de manière constante la musique diffusée dans un établissement commercial ou un lieu public comme une diffusion publique.

Un navire de croisière est juridiquement assimilé à un environnement d’accueil commercial regroupant plusieurs espaces, comparable aux hôtels, complexes touristiques, restaurants, centres commerciaux et installations de transport de passagers à terre.

Les lignes directrices nationales confirment cette position :

  • Allemagne (GEMA) : toute utilisation publique ou commerciale de musique protégée par le droit d’auteur nécessite une licence.

  • France (SACEM) : tout établissement diffusant de la musique pour sa clientèle doit payer des redevances, sauf s’il utilise exclusivement de la musique réellement libre de droits.

  • Suisse (SUISA) : la musique d’ambiance dans les commerces, les espaces clients, les cabines et les transports de passagers nécessite une licence au titre de tarifs tels que le GT 3a et le GT 3b.

  • Royaume-Uni (PRS for Music / PPL) : la musique enregistrée ou jouée en direct dans les établissements d’accueil et les environnements de transport de passagers nécessite une licence.

Par conséquent, les opérateurs de navires de croisière doivent obtenir les licences appropriées auprès des sociétés de gestion collective dès que de la musique est diffusée à bord.

2. Deux niveaux de droits à acquitter pour les navires de croisière

Les licences musicales en Europe reposent sur deux niveaux de droits distincts mais cumulatifs.

2.1 Droits d’auteur (auteurs, compositeurs, éditeurs)

Gérés par des organismes tels que :

  • GEMA (Allemagne)

  • SACEM (France)

  • SUISA (Suisse)

  • PRS for Music (Royaume-Uni)

  • BUMA/STEMRA (Pays-Bas)

  • SIAE, SGAE, AKM, entre autres

2.2 Droits voisins

(artistes-interprètes, maisons de disques, producteurs)

Généralement gérés par :

  • GVL (Allemagne)

  • SPRE / SCPP / SPPF (France)

  • SWISSPERFORM (Suisse)

  • PPL (Royaume-Uni)

  • SENA (Pays-Bas)

Dans de nombreux pays, ces droits sont regroupés pour simplifier les démarches :

  • Allemagne : la GEMA perçoit la part GVL (droits voisins) sur la même facture

  • Royaume-Uni : PRS et PPL exploitent conjointement PPL PRS Ltd, qui délivre TheMusicLicence

  • Suisse : SUISA et SWISSPERFORM gèrent conjointement les tarifs de musique d’ambiance

Une licence conforme pour un navire de croisière couvre donc toujours les deux niveaux de droits, que ce soit via une facture unique ou une perception coordonnée.

3. Comment les sociétés de gestion collective classent l’utilisation de la musique à bord

Les sociétés de gestion collective considèrent les navires de croisière comme un ensemble d’espaces commerciaux distincts, notamment :

  • Restaurants et cafés

  • Bars, lounges et ponts piscine

  • Boutiques

  • Spas et espaces de remise en forme

  • Casinos

  • Cabines équipées de la télévision ou de la radio

  • Théâtres, cinémas et salles de spectacle

  • Réception et halls d’accueil

Cette approche reprend les classifications existantes pour les hôtels, les complexes touristiques et les environnements de transport de passagers.

Du point de vue du droit d’auteur, les navires de croisière sont donc pleinement intégrés aux cadres nationaux de la diffusion publique.

4. Comment les redevances sont calculées à bord

Bien que les barèmes varient d’un pays à l’autre, la licence d’un navire de croisière dépend généralement des facteurs suivants.

4.1 Surface sonorisée ou taille de l’espace

  • Le GT 3a de la SUISA se fonde sur la surface cumulée où la musique est audible

  • La GEMA et la SACEM se réfèrent à la surface, au nombre de places assises ou au type d’établissement

  • Les tarifs britanniques s’appliquent par mètre carré sonorisé, selon la catégorie

4.2 Type d’utilisation de la musique

  • Playlists d’ambiance

  • Réception de la télévision et de la radio

  • Musiciens ou groupes en live

  • Spectacles et revues

  • Soirées DJ et soirées dansantes

4.3 Période d’exploitation

Une licence saisonnière ou pour une partie de l’année peut s’appliquer si le navire n’est exploité qu’une partie de l’année.

4.4 Nombre et type de zones musicales

Les opérateurs déclarent généralement :

  • Bars, restaurants, lounges

  • Ponts piscine et ponts extérieurs

  • Casinos

  • Théâtres et salles de spectacle

  • Cabines équipées de TV/radio

Ces éléments déterminent le tarif applicable et le montant annuel total de la redevance.

5. Exemples nationaux (Suisse, Allemagne, Royaume-Uni)

Pour illustrer en quoi les licences des navires de croisière diffèrent des tarifs applicables aux établissements d’accueil à terre, trois cadres nationaux offrent des points de référence utiles.

5.1 Suisse (SUISA) : établissements à terre vs navires de croisière (GT 3a vs GT 3b)

La SUISA établit une distinction claire entre les locaux fixes et les navires à passagers.

Locaux commerciaux à terre → GT 3a

S’applique aux :

  • Magasins

  • Restaurants et cafés

  • Hôtels, lounges, chambres

La tarification repose sur la surface sonorisée (m²).
Base (≤ 1,000 m²) : CHF 19.20/mois/établissement (audio uniquement ; tarif GT 3a approuvé en 2016 ; indicatif, vérifiez le tarif SUISA en vigueur).

➡ Un café ou un lounge à terre relève normalement du GT 3a.

Navires de croisière et navires à passagers → GT 3b

Les navires de croisière relèvent généralement du GT 3b, qui couvre :

  • Trains, avions, autocars

  • Bateaux et navires de croisière

La tarification est généralement :

  • Par navire (et non par m²)

  • Basée sur le nombre de places assises intérieures

  • Disponible à la journée, au mois ou à l’année

Tarifs annuels 2026 (GT 3b ; la période tarifaire en cours court jusqu’à fin 2026) :

  • Jusqu’à 70 places : CHF 247.50/an

  • 71–200 places : CHF 316.25/an

  • Plus de 200 places : CHF 495.00/an

Limite : musique d’ambiance vs divertissement

Le GT 3b couvre uniquement la musique d’ambiance accessoire.
Les concerts, soirées DJ ou soirées dansantes peuvent nécessiter des tarifs événementiels supplémentaires.

Contrairement au Royaume-Uni, la SUISA considère généralement le navire comme un environnement passagers unique, couvert par un tarif consolidé par navire.

5.2 Allemagne (GEMA + GVL) : tarif WR/MO pour les navires (en vigueur à partir du 1er janvier 2026)

En Allemagne, la licence de diffusion publique de la musique à bord des moyens de transport de passagers est régie par le GEMA tariff WR/MO (Verkehrsmittel), qui inclut explicitement les navires (Schiffe).

Référence officielle (PDF) :
GEMA Tarif WR/MO – Verkehrsmittel, gültig ab 01.01.2026

Tarifs 2026 concrets pour les navires (musique d’ambiance)

Les navires sont soumis à licence par navire, en fonction de leur capacité en passagers :

Capacité en passagers Annuel (€) Trimestriel (€) Mensuel (€)
Jusqu’à 200 personnes 658.20 181.01 65.82
Par tranche de 100 personnes supplémentaires entamée 329.10 90.50 32.91

Ces redevances s’appliquent uniquement à la musique d’ambiance sans caractère événementiel et sans danse (ohne Veranstaltungscharakter und ohne Tanz).

Droits voisins (niveau GVL)

En Allemagne, la conformité exige d’acquitter les deux niveaux de droits :

  • Droits d’auteur → GEMA

  • Droits voisins (artistes-interprètes/labels) → GVL, perçus par la GEMA

En pratique, les opérateurs n’ont affaire qu’à la GEMA : elle perçoit la part GVL sur la même facture. Il n’y a ni licence ni redevance GVL distincte.

Comme la SUISA, l’Allemagne applique généralement une approche consolidée au niveau du navire, contrairement à la structure plus modulaire du Royaume-Uni.

5.3 Royaume-Uni (PRS/PPL) : des tarifs pour navires à passagers par espace (non entièrement consolidés)

Le cadre britannique diffère sensiblement de ceux de la Suisse et de l’Allemagne.

Bien que le Royaume-Uni propose lui aussi une licence combinée (TheMusicLicence, via PPL PRS Ltd), les tarifs sous-jacents applicables aux navires à passagers sont souvent modulaires et définis par espace, de sorte que certaines zones à bord peuvent entraîner des tarifs supplémentaires.

A. PRS for Music – Tarif Passenger Ships & Boats (PSB)

PRS publie un tarif dédié aux navires à passagers :

Tarif Passenger Ships & Boats (PSB 2025.03)
En vigueur du 1er mars 2025 au 28 février 2026

Musique d’ambiance (Core Music) – Tarifs annuels selon la surface publique sonorisée
Surface sonorisée (m²) Redevance annuelle
Jusqu’à 100 m² £409.81
101–200 m² £886.65
201–400 m² £1,780.73
401–800 m² £2,376.76
Plus de 800 m² £2,376.76 + £1,750.93 par tranche supplémentaire de 200 m²
Musique retransmise dans les cabines
  • £104.31 par tranche de 15 cabines (ou fraction de tranche)

B. PPL – Droits sur les enregistrements sonores à bord des navires (limite essentielle)

PPL publie des tarifs de musique d’ambiance spécifiques aux navires, par exemple :

PPLPP042 – Musique d’ambiance (navires fluviaux et côtiers)
Redevance : 187,60 £ HT par navire et par an (tarif en vigueur du 1er septembre 2025 au 31 août 2026)

Limite essentielle au Royaume-Uni (contrairement à la SUISA/GEMA)

PPL précise explicitement que :

la musique d’ambiance diffusée dans d’autres espaces (bars, restaurants, boutiques, etc.) peut être facturée séparément au titre d’autres tarifs.

Il s’agit d’une différence essentielle :

  • Le GT 3b de la SUISA et le tarif GEMA WR/MO de la GEMA couvrent généralement le navire comme un environnement passagers unique

  • Au Royaume-Uni, la licence peut nécessiter des composantes tarifaires distinctes selon les catégories d’espaces à bord

À retenir (Royaume-Uni)

  • Le Royaume-Uni n’applique pas toujours un tarif unique de musique d’ambiance « toutes zones comprises » pour les navires

  • La licence est souvent définie par espace (surface sonorisée + cabines + catégories d’espaces)

  • Les bars, restaurants, boutiques et espaces de divertissement peuvent nécessiter des composantes tarifaires supplémentaires

  • Les opérateurs doivent examiner attentivement le périmètre des licences PRS + PPL pour éviter une couverture insuffisante

6. Les services de streaming ne remplacent pas les licences des sociétés de gestion collective

Une idée reçue répandue veut que :

un abonnement de streaming premium ou un service musical professionnel couvre automatiquement les droits de diffusion publique.

C’est inexact.

  • Les services grand public (Spotify, Apple Music, Amazon Music) sont licenciés strictement pour un usage privé

  • Les services musicaux professionnels B2B couvrent généralement l’accès et la reproduction, et non la diffusion publique

  • Les licences des sociétés de gestion collective européennes restent obligatoires dès que de la musique est diffusée publiquement à bord

Cette obligation s’applique au port, dans les eaux territoriales et, grâce aux accords de réciprocité, dans les eaux internationales.

7. Cas particulier : les navires qui traversent plusieurs pays

Les navires de croisière franchissent fréquemment des frontières nationales au cours d’un même voyage.

Point important : les redevances musicales ne sont pas payées pays par pays.

7.1 Principe fondamental : lieux mobiles et accords de réciprocité

Les navires de croisière sont considérés comme des lieux mobiles, et non comme des emplacements fixes.

Les opérateurs obtiennent une licence principale unique, reconnue à l’international.

Les sociétés nationales de gestion collective redistribuent ensuite les redevances entre elles via des accords de représentation réciproque.

7.2 Qui perçoit la redevance ?

La licence est rattachée :

  • à l’État du pavillon du navire

  • au siège légal de l’opérateur

  • aux accords de groupe couvrant l’ensemble de la flotte

Une seule société de gestion collective facture l’opérateur.

7.3 Pourquoi vous ne payez pas deux fois

Les sociétés de gestion collective européennes fonctionnent dans le cadre d’accords internationaux de réciprocité.

L’opérateur paie une seule fois. Les redevances sont ensuite redistribuées entre les sociétés.

7.4 Synthèse

  • Les navires de croisière ne paient pas de redevances pour chaque pays traversé

  • Une seule licence couvre l’ensemble du voyage

  • Les sociétés de gestion collective redistribuent les redevances entre elles

  • Seuls les événements organisés à terre nécessitent une licence locale distincte

8. Checklist de conformité pour les opérateurs de navires de croisière

  1. Identifiez le point de rattachement de la licence (État du pavillon ou siège de l’opérateur)

  2. Identifiez la société de gestion collective compétente (GEMA, SACEM, SUISA, PRS/PPL, etc.)

  3. Recensez toutes les utilisations de musique à bord (ambiance, spectacles, DJ, TV/radio)

  4. Contactez le service maritime/international de la société de gestion collective

  5. Clarifiez le périmètre avec vos fournisseurs de musique (droits inclus vs exclus)

  6. Conservez la documentation (licences, factures, setlists si nécessaire)

Conclusion

Les navires de croisière sont des environnements de divertissement complexes, composés de multiples espaces, soumis aux mêmes règles de licence de diffusion publique que les hôtels, complexes touristiques, restaurants et installations de transport de passagers à terre.

Partout en Europe, les sociétés de gestion collective telles que GEMA, SACEM, SUISA, PRS for Music et PPL exigent que les opérateurs de navires de croisière disposent des licences appropriées dès que de la musique est diffusée à bord, qu’elle soit enregistrée, diffusée en streaming, radiodiffusée ou jouée en direct.

Point essentiel : les navires qui traversent plusieurs pays n’ont pas besoin d’une licence distincte pour chaque frontière franchie. La licence musicale est gérée par une seule société de gestion collective principale, les redevances étant redistribuées à l’international en vertu d’accords de réciprocité.

Avec une licence correctement structurée, les opérateurs de navires de croisière peuvent garantir le plein respect des droits d’auteur sur tous les itinéraires, dans toutes les eaux et juridictions, tout en offrant à leurs passagers une expérience musicale fluide et continue à bord.

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