
Diffuser de la musique à bord d’un navire de croisière, que ce soit dans les restaurants, les lounges, sur les ponts piscine, dans les spas, les cabines, les boutiques ou les théâtres, constitue juridiquement une diffusion publique.
Partout en Europe (notamment en Allemagne, en France, en Suisse, au Royaume-Uni, dans le Benelux, dans les pays nordiques et dans les États méditerranéens), la diffusion publique de musique protégée par le droit d’auteur nécessite une licence délivrée par les sociétés nationales de gestion collective (PRO) telles que GEMA, SACEM, SUISA, PRS for Music, PPL PRS, BUMA/STEMRA, entre autres.
Cet article explique comment les sociétés de gestion collective européennes encadrent l’utilisation de la musique à bord des navires de croisière, comment les redevances sont calculées, quels droits doivent être acquittés et, point essentiel, comment fonctionne la licence lorsque les navires traversent plusieurs pays au cours d’une croisière.
Le droit d’auteur européen considère de manière constante la musique diffusée dans un établissement commercial ou un lieu public comme une diffusion publique.
Un navire de croisière est juridiquement assimilé à un environnement d’accueil commercial regroupant plusieurs espaces, comparable aux hôtels, complexes touristiques, restaurants, centres commerciaux et installations de transport de passagers à terre.
Les lignes directrices nationales confirment cette position :
Allemagne (GEMA) : toute utilisation publique ou commerciale de musique protégée par le droit d’auteur nécessite une licence.
France (SACEM) : tout établissement diffusant de la musique pour sa clientèle doit payer des redevances, sauf s’il utilise exclusivement de la musique réellement libre de droits.
Suisse (SUISA) : la musique d’ambiance dans les commerces, les espaces clients, les cabines et les transports de passagers nécessite une licence au titre de tarifs tels que le GT 3a et le GT 3b.
Royaume-Uni (PRS for Music / PPL) : la musique enregistrée ou jouée en direct dans les établissements d’accueil et les environnements de transport de passagers nécessite une licence.
Par conséquent, les opérateurs de navires de croisière doivent obtenir les licences appropriées auprès des sociétés de gestion collective dès que de la musique est diffusée à bord.
Les licences musicales en Europe reposent sur deux niveaux de droits distincts mais cumulatifs.
Gérés par des organismes tels que :
GEMA (Allemagne)
SACEM (France)
SUISA (Suisse)
PRS for Music (Royaume-Uni)
BUMA/STEMRA (Pays-Bas)
SIAE, SGAE, AKM, entre autres
(artistes-interprètes, maisons de disques, producteurs)
Généralement gérés par :
GVL (Allemagne)
SPRE / SCPP / SPPF (France)
SWISSPERFORM (Suisse)
PPL (Royaume-Uni)
SENA (Pays-Bas)
Dans de nombreux pays, ces droits sont regroupés pour simplifier les démarches :
Allemagne : la GEMA perçoit la part GVL (droits voisins) sur la même facture
Royaume-Uni : PRS et PPL exploitent conjointement PPL PRS Ltd, qui délivre TheMusicLicence
Suisse : SUISA et SWISSPERFORM gèrent conjointement les tarifs de musique d’ambiance
Une licence conforme pour un navire de croisière couvre donc toujours les deux niveaux de droits, que ce soit via une facture unique ou une perception coordonnée.
Les sociétés de gestion collective considèrent les navires de croisière comme un ensemble d’espaces commerciaux distincts, notamment :
Restaurants et cafés
Bars, lounges et ponts piscine
Boutiques
Spas et espaces de remise en forme
Casinos
Cabines équipées de la télévision ou de la radio
Théâtres, cinémas et salles de spectacle
Réception et halls d’accueil
Cette approche reprend les classifications existantes pour les hôtels, les complexes touristiques et les environnements de transport de passagers.
Du point de vue du droit d’auteur, les navires de croisière sont donc pleinement intégrés aux cadres nationaux de la diffusion publique.
Bien que les barèmes varient d’un pays à l’autre, la licence d’un navire de croisière dépend généralement des facteurs suivants.
Le GT 3a de la SUISA se fonde sur la surface cumulée où la musique est audible
La GEMA et la SACEM se réfèrent à la surface, au nombre de places assises ou au type d’établissement
Les tarifs britanniques s’appliquent par mètre carré sonorisé, selon la catégorie
Playlists d’ambiance
Réception de la télévision et de la radio
Musiciens ou groupes en live
Spectacles et revues
Soirées DJ et soirées dansantes
Une licence saisonnière ou pour une partie de l’année peut s’appliquer si le navire n’est exploité qu’une partie de l’année.
Les opérateurs déclarent généralement :
Bars, restaurants, lounges
Ponts piscine et ponts extérieurs
Casinos
Théâtres et salles de spectacle
Cabines équipées de TV/radio
Ces éléments déterminent le tarif applicable et le montant annuel total de la redevance.
Pour illustrer en quoi les licences des navires de croisière diffèrent des tarifs applicables aux établissements d’accueil à terre, trois cadres nationaux offrent des points de référence utiles.
La SUISA établit une distinction claire entre les locaux fixes et les navires à passagers.
S’applique aux :
Magasins
Restaurants et cafés
Hôtels, lounges, chambres
La tarification repose sur la surface sonorisée (m²).
Base (≤ 1,000 m²) : CHF 19.20/mois/établissement (audio uniquement ; tarif GT 3a approuvé en 2016 ; indicatif, vérifiez le tarif SUISA en vigueur).
➡ Un café ou un lounge à terre relève normalement du GT 3a.
Les navires de croisière relèvent généralement du GT 3b, qui couvre :
Trains, avions, autocars
Bateaux et navires de croisière
La tarification est généralement :
Par navire (et non par m²)
Basée sur le nombre de places assises intérieures
Disponible à la journée, au mois ou à l’année
Tarifs annuels 2026 (GT 3b ; la période tarifaire en cours court jusqu’à fin 2026) :
Jusqu’à 70 places : CHF 247.50/an
71–200 places : CHF 316.25/an
Plus de 200 places : CHF 495.00/an
Le GT 3b couvre uniquement la musique d’ambiance accessoire.
Les concerts, soirées DJ ou soirées dansantes peuvent nécessiter des tarifs événementiels supplémentaires.
Contrairement au Royaume-Uni, la SUISA considère généralement le navire comme un environnement passagers unique, couvert par un tarif consolidé par navire.
En Allemagne, la licence de diffusion publique de la musique à bord des moyens de transport de passagers est régie par le GEMA tariff WR/MO (Verkehrsmittel), qui inclut explicitement les navires (Schiffe).
Référence officielle (PDF) :
GEMA Tarif WR/MO – Verkehrsmittel, gültig ab 01.01.2026
Les navires sont soumis à licence par navire, en fonction de leur capacité en passagers :
| Capacité en passagers | Annuel (€) | Trimestriel (€) | Mensuel (€) |
|---|---|---|---|
| Jusqu’à 200 personnes | 658.20 | 181.01 | 65.82 |
| Par tranche de 100 personnes supplémentaires entamée | 329.10 | 90.50 | 32.91 |
Ces redevances s’appliquent uniquement à la musique d’ambiance sans caractère événementiel et sans danse (ohne Veranstaltungscharakter und ohne Tanz).
En Allemagne, la conformité exige d’acquitter les deux niveaux de droits :
Droits d’auteur → GEMA
Droits voisins (artistes-interprètes/labels) → GVL, perçus par la GEMA
En pratique, les opérateurs n’ont affaire qu’à la GEMA : elle perçoit la part GVL sur la même facture. Il n’y a ni licence ni redevance GVL distincte.
Comme la SUISA, l’Allemagne applique généralement une approche consolidée au niveau du navire, contrairement à la structure plus modulaire du Royaume-Uni.
Le cadre britannique diffère sensiblement de ceux de la Suisse et de l’Allemagne.
Bien que le Royaume-Uni propose lui aussi une licence combinée (TheMusicLicence, via PPL PRS Ltd), les tarifs sous-jacents applicables aux navires à passagers sont souvent modulaires et définis par espace, de sorte que certaines zones à bord peuvent entraîner des tarifs supplémentaires.
PRS publie un tarif dédié aux navires à passagers :
Tarif Passenger Ships & Boats (PSB 2025.03)
En vigueur du 1er mars 2025 au 28 février 2026
| Surface sonorisée (m²) | Redevance annuelle |
|---|---|
| Jusqu’à 100 m² | £409.81 |
| 101–200 m² | £886.65 |
| 201–400 m² | £1,780.73 |
| 401–800 m² | £2,376.76 |
| Plus de 800 m² | £2,376.76 + £1,750.93 par tranche supplémentaire de 200 m² |
£104.31 par tranche de 15 cabines (ou fraction de tranche)
PPL publie des tarifs de musique d’ambiance spécifiques aux navires, par exemple :
PPLPP042 – Musique d’ambiance (navires fluviaux et côtiers)
Redevance : 187,60 £ HT par navire et par an (tarif en vigueur du 1er septembre 2025 au 31 août 2026)
PPL précise explicitement que :
la musique d’ambiance diffusée dans d’autres espaces (bars, restaurants, boutiques, etc.) peut être facturée séparément au titre d’autres tarifs.
Il s’agit d’une différence essentielle :
Le GT 3b de la SUISA et le tarif GEMA WR/MO de la GEMA couvrent généralement le navire comme un environnement passagers unique
Au Royaume-Uni, la licence peut nécessiter des composantes tarifaires distinctes selon les catégories d’espaces à bord
Le Royaume-Uni n’applique pas toujours un tarif unique de musique d’ambiance « toutes zones comprises » pour les navires
La licence est souvent définie par espace (surface sonorisée + cabines + catégories d’espaces)
Les bars, restaurants, boutiques et espaces de divertissement peuvent nécessiter des composantes tarifaires supplémentaires
Les opérateurs doivent examiner attentivement le périmètre des licences PRS + PPL pour éviter une couverture insuffisante
Une idée reçue répandue veut que :
un abonnement de streaming premium ou un service musical professionnel couvre automatiquement les droits de diffusion publique.
C’est inexact.
Les services grand public (Spotify, Apple Music, Amazon Music) sont licenciés strictement pour un usage privé
Les services musicaux professionnels B2B couvrent généralement l’accès et la reproduction, et non la diffusion publique
Les licences des sociétés de gestion collective européennes restent obligatoires dès que de la musique est diffusée publiquement à bord
Cette obligation s’applique au port, dans les eaux territoriales et, grâce aux accords de réciprocité, dans les eaux internationales.
Les navires de croisière franchissent fréquemment des frontières nationales au cours d’un même voyage.
Point important : les redevances musicales ne sont pas payées pays par pays.
Les navires de croisière sont considérés comme des lieux mobiles, et non comme des emplacements fixes.
Les opérateurs obtiennent une licence principale unique, reconnue à l’international.
Les sociétés nationales de gestion collective redistribuent ensuite les redevances entre elles via des accords de représentation réciproque.
La licence est rattachée :
à l’État du pavillon du navire
au siège légal de l’opérateur
aux accords de groupe couvrant l’ensemble de la flotte
Une seule société de gestion collective facture l’opérateur.
Les sociétés de gestion collective européennes fonctionnent dans le cadre d’accords internationaux de réciprocité.
L’opérateur paie une seule fois. Les redevances sont ensuite redistribuées entre les sociétés.
Les navires de croisière ne paient pas de redevances pour chaque pays traversé
Une seule licence couvre l’ensemble du voyage
Les sociétés de gestion collective redistribuent les redevances entre elles
Seuls les événements organisés à terre nécessitent une licence locale distincte
Identifiez le point de rattachement de la licence (État du pavillon ou siège de l’opérateur)
Identifiez la société de gestion collective compétente (GEMA, SACEM, SUISA, PRS/PPL, etc.)
Recensez toutes les utilisations de musique à bord (ambiance, spectacles, DJ, TV/radio)
Contactez le service maritime/international de la société de gestion collective
Clarifiez le périmètre avec vos fournisseurs de musique (droits inclus vs exclus)
Conservez la documentation (licences, factures, setlists si nécessaire)
Les navires de croisière sont des environnements de divertissement complexes, composés de multiples espaces, soumis aux mêmes règles de licence de diffusion publique que les hôtels, complexes touristiques, restaurants et installations de transport de passagers à terre.
Partout en Europe, les sociétés de gestion collective telles que GEMA, SACEM, SUISA, PRS for Music et PPL exigent que les opérateurs de navires de croisière disposent des licences appropriées dès que de la musique est diffusée à bord, qu’elle soit enregistrée, diffusée en streaming, radiodiffusée ou jouée en direct.
Point essentiel : les navires qui traversent plusieurs pays n’ont pas besoin d’une licence distincte pour chaque frontière franchie. La licence musicale est gérée par une seule société de gestion collective principale, les redevances étant redistribuées à l’international en vertu d’accords de réciprocité.
Avec une licence correctement structurée, les opérateurs de navires de croisière peuvent garantir le plein respect des droits d’auteur sur tous les itinéraires, dans toutes les eaux et juridictions, tout en offrant à leurs passagers une expérience musicale fluide et continue à bord.
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